Accession à l’indépendance : quelques mythes à abattre

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ORGANISATION DU QUÉBÉCOIS |  par Pierre-Luc Bégin

La course à la chefferie du PQ est commencée dans les faits. Plusieurs candidats potentiels se positionnent. Comme toujours, deux camps tendent à émerger : celui des attentistes, pour qui la prise du pouvoir provincial prime sur le projet indépendantiste, et celui des indépendantistes convaincus, pour qui le projet de pays est l’unique raison d’être en politique.

Déjà, les attentistes nous servent la même vieille poutine concoctée par les Claude Morin de ce monde pour remettre la souveraineté aux calendes grecques. Plusieurs mythes entretenus par ces gens-là sont à abattre. En voici quelques-uns.

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Mythe #1 : Il faut suivre le rythme de la population. Si elle ne veut pas de la souveraineté, il faut attendre.

C’était la grosse affaire à Claude Morin : « Une fleur ne pousse pas plus vite si on tire dessus! » Donc il faut attendre que la fleur pousse toute seule… C’est évidemment stupide. Dans Moi, je m’en souviens, Pierre Bourgault a très bien démoli ce genre de raisonnement faussement logique, et Jacques Parizeau également à de nombreuses reprises.

Pour rester dans la métaphore et paraphraser Bourgault, pour qu’une fleur pousse, il faut d’abord planter le bulbe. Ensuite, il faut lui donner des conditions propices, puis l’arroser, la fertiliser, l’entretenir, arracher les mauvaises herbes autour, éloigner les insectes, lui donner du soleil, etc. Bref, pour qu’un projet se réalise, imaginez-vous donc qu’il faut agir, agir, agir! Il ne faut pas attendre que les choses se fassent comme ça, pouf!, par l’opération du saint Esprit… L’appui à la souveraineté n’augmentera pas dans la population spontanément, par magie. Il faut agir, convaincre!

Et c’est tout le sens de l’action politique qui est en jeu ici. La politique, la véritable action politique, vise à convaincre la population du bien-fondé d’un projet de société. Au début, les appuis sont minoritaires, ensuite ça augmente, puis il peut y avoir des reculs, des victoires, des défaites… D’ailleurs, a-t-on déjà vu Chrétien ou Trudeau, alors que les sondages donnaient l’option indépendantiste gagnante (en 1990 ou en 1996, par exemple), dire : « Bon bien la population est désormais indépendantiste, cessons de faire la promotion du Canada, nous ferons la promotion du Canada quand la population sera prête… »? Hé, ils font de la politique de l’autre côté!

Mais nous, de notre bord, au moindre sondage défavorable, on tente de cacher le projet indépendantiste… Il faut au contraire travailler plus que jamais à convaincre la population, c’est ça la politique! À moins que tout ce qu’on vise soit le pouvoir provincial…

Mythe #2 : La souveraineté est si basse dans les sondages que l’indépendance est impossible à court terme.

Ah! Toujours le défaitisme. Et la peur. Mais la souveraineté est-elle à ce point au fond du baril dans les sondages? L’appui à la souveraineté pure et dure, sans partenariat soulignons-le, c’est très important, varie depuis des années entre 35% à 45% d’appuis dans la population québécoise. Soyons pessimistes et disons qu’il n’y a plus que 30% de souverainistes au Québec. Est-ce à désespérer de faire l’indépendance à court terme?

Pas du tout! L’Écosse nous offre encore un brillant exemple des progrès que l’option peut faire quand on la met de l’avant et qu’on en fait la promotion sérieusement. Parti à environ 30% (tiens tiens), il y a quelques mois, le camp du OUI pourrait l’emporter selon les plus récents sondages. Au Québec aussi, partie de loin, l’option a fait des progrès importants durant l’année et la campagne référendaires en 1995 jusqu’à la victoire volée du 30 octobre… Un peu de confiance et d’audace, bordel de merde!

Alors les « losers » qui veulent mettre la souveraineté de côté sur la base des sondages actuels sur la question pure et dure, allez vous faire voir. On peut gagner. À court terme.

Mythe #3 : On ne peut agir pour la souveraineté tant que les Québécois ne votent pas Oui à un référendum.

C’est évidemment faux. Dans notre régime politique, un parti qui se fait élire à la majorité des députés est légitimé d’appliquer le programme pour lequel il a été élu, et cela peut inclure bien sûr un changement de statut politique. Est-ce que cela veut dire qu’un parti indépendantiste doit déclarer l’indépendance du Québec au lendemain de l’élection? Pas nécessairement, bien que cela serait tout à fait permis et légitime dans notre régime politique.

À tout le moins, il sera non seulement légitime mais nécessaire qu’un parti indépendantiste qui prend le pouvoir inscrive son action à la tête de l’État en rupture avec l’ordre canadien et utilise le pouvoir pour la réalisation de son programme politique, soit de faire du Québec un pays. Un référendum est-il devenu incontournable? Peut-être, étant donné les précédents, mais celui-ci pourrait tout aussi bien porter sur l’adoption de la Constitution du Québec souverain.

Une chose doit être claire désormais : lorsque les indépendantistes prendront le pouvoir, ce sera pour faire l’indépendance, pas pour gérer une simple province canadienne.

Mythe #4 : Dans l’opposition, on travaille à reprendre le pouvoir; au pouvoir, on prépare la souveraineté.

L’histoire du PQ prouve que cela ne tient pas debout et qu’une telle façon de faire nuit grandement à la cause indépendantiste.

Une fois au pouvoir, ce n’est plus le temps de préparer, c’est le temps d’agir. Parizeau l’avait compris. Et l’indépendance doit se faire rapidement dans un premier mandat. Sinon, le gouvernement s’embourbe dans la gestion provinciale qui l’accapare tout entier, en plus d’opérer des choix qui font inévitablement beaucoup de mécontents, nuisant ainsi à l’appui à l’indépendance… Bref, un beau merdier.

Au contraire, dans l’opposition, voilà la chance de préparer les choses, comme l’a fait Jacques Parizeau. Et quand on prend le pouvoir, on est prêt, on met les choses en marche, on agit.

Mythe #5 : Élire des souverainistes aide nécessairement la cause souverainiste.

Eh bien non, car cela dépend sur quoi se font élire lesdits souverainistes! Au contraire, cela peut être un piège mortel.

On l’a bien vu avec René Lévesque et Pauline Marois notamment, des souverainistes qui se font élire pour former un « bon gouvernement provincial » se retrouvent menottés au pouvoir sur le plan de la souveraineté. Les adversaires ont beau jeu de dire que le PQ n’a pas été élu pour travailler à la souveraineté… Et les péquistes eux-mêmes ne se sentent pas légitimés d’agir pour la souveraineté.

Le PQ se met alors à faire de la « bonne gouvernance » provinciale, alimentant l’illusion que les Québécois peuvent être bien gouvernés dans le cadre fédéral canadien et que l’indépendance n’est pas une « vraie affaire »… Puis la souveraineté est repoussée, en fin de mandat, dans un deuxième mandat, aux calendes grecques… Avec les résultats que l’on connait.

Comme disait Bourgault, pour les indépendantistes, l’exercice du pouvoir est vain et illusoire s’il ne mène pas à l’indépendance. Les indépendantistes doivent donc se faire élire sur leur projet de pays. De cette manière, non seulement ils auront toute la légitimité d’agir une fois au gouvernement, mais cela préviendra qu’ils prennent peur ou qu’ils se laissent absorbés par le pouvoir une fois élus.

Vaut mieux passer vingt ans dans l’opposition puis, enfin au pouvoir, faire l’indépendance une fois pour toutes, que d’alterner au pouvoir pendant quarante ans, comme ce fut le cas, mais en mettant la souveraineté de côté… On a vu où ça nous a menés cette priorité accordée au pouvoir provincial.

Mythe #6 : La question des médias fédéralistes n’est pas importante, et de toute façon il serait impossible de se doter de médias souverainistes.

Ici, je ne suis pas naïf, je ne crois pas que la question médiatique sera un enjeu de la course à la chefferie péquiste, hélas. Cette question a toujours été négligée depuis Le Jour. C’est ahurissant : il s’agit là d’un enjeu fondamental!

J’avouerai d’ailleurs que je commence à être tanné en maudit de prêcher l’évidence depuis 20 ans : devant des médias presque unanimement fédéralistes au Québec, faire l’indépendance sera une tâche herculéenne. Peut-être pas impossible, mais pas loin. Dans une démocratie, la bataille de l’indépendance est une bataille de communication. La mener sans moyen de communication revient à aller à la guerre  contre des tanks avec un tire-pois… Bonne chance.

À ceux qui disent, complexés là-dessus comme sur le reste, qu’il serait impossible de doter le mouvement indépendantiste québécois d’un média d’envergure, je leur propose de voyager un peu ou à tout le moins de s’informer. Des dizaines de mouvements de libération dans le monde, en Occident comme partout ailleurs, bien moins importants que le mouvement québécois, ont été capables de développer des outils de communication (journaux, radio, télé)… et nous en serions incapables? Je ne le crois pas. Comme pour le reste, c’est une question de volonté politique.

* * *

Il y aurait bien d’autres mythes à défaire, mais déjà si le PQ pouvait se libérer de ceux énoncés ci-dessus, il y aurait peut-être moyen de sauver ce parti. Sinon, bien le PQ est condamné à devenir une espèce de CAQ plus nationaliste, et ce sera à un autre parti indépendantiste de poursuivre la lutte. D’ailleurs, Option nationale a évité jusqu’à maintenant de tomber dans le piège de ces mythes. Les péquistes ont donc un choix fondamental à faire. Leurs convictions indépendantistes seront-elles plus fortes que l’attrait du pouvoir provincial?

« Si vous êtes élu avec un programme, vous le réalisez. Les sondages annoncent une défaite, on se frappe à un mur… eh bien, on va le faire tomber le mur! »
– Jacques Parizeau

Pierre-Luc Bégin

 

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